Heinrich Kühn ou la peinture photographique

Le Musée de l’Orangerie présente jusqu’au 24 janvier 2011 une exposition consacrée au photographe Heinrich Kühn, qui tenta de démontrer à la fin du XIXe que la photographie était un art à part entière.

Alors que le Grand Palais célèbre l’impressionnisme, en consacrant une grande rétrospective à Claude Monet, le Musée de l’Orangerie propose la première rétrospective dédiée à Heinrich Khün.

Randonneurs au Tyrol, vers 1912/1915 © RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Au début du XXe, en parallèle avec les divers mouvements d’avant garde, la photographie commencent à s’exposer dans les salons qui se tiennent dans les galeries de peinture. Sous l’impulsion de Stieglitz, père du pictorialisme aux Etats-Unis, la « Galerie 291″ à New York exposera les artistes photographes aux cotés des peintres et sculpteurs. Mais se fût un long combat.

Dans la baie de Saint Marc, Venise, vers 1898 © Courtesy Christie's

L’invention de la photographie remet en question la notion d’oeuvre d’art. Walter Benjamin déclarait que  »la photo c’est la perte de l’aura de l’oeuvre d’art ». Il critiquait son abscence de matière, et sa reproductibilité.  Le pictorialisme va s’attacher à rendre le caractère unique aux oeuvres en se basant sur les techniques de l’estampe.

Nature morte : verres et carafe, vers 1905 © Musée d'Orsay, Dist. RMN / Patrice Schmidt

Né en Autriche en 1866, Kühn arrête ses études de médecine pour ce consacrer à la photo. Il rejoint le Caméra Club de Vienne en 1895. Il travaille alors la technique de tirage à la gomme bichromatée, qui permet d’utiliser un pinceau sur le négatif pour obtenir des effets atmosphériques. Les scènes de paysages de ses débuts, évoquent les plus belles toiles impressionnistes, notamment les scènes nocturnes. Le résultat est si saisissant que l’on peine parfois à déterminer si il s’agit d’une peinture ou d’une photographie.

Soirée au bord du canal de Schleissheim, 1899 © Droits Réservés

Le pictorialisme est un mouvement international, et le Camera Club de Vienne amène Khün à cotoyer les mouvements de la Sécession munichoise et viennoise dans le grand brassage de l’Art Nouveau. En 1904 il rencontre Alfred Stieglitz,  et d’autres membres du groupe « Photo Sécession » comme que Edward Steichen, dont il réalisera de superbes portraits lors de leurs passages en Europe.

Mary Warner à contre-jour, 1908 © Österreichische Nationalbibliothek, Bildarchiv, Vienne

Pourtant, l’univers  artistique de Kühn est extrêment personnel. Il prend pour modèles ses enfants et leur gouvernante Mary Warner, qui sera son unique modèle féminin après la mort de sa femme en 1905. Les portraits ne s’attachent  pas à la psychologie des sujets, Khün s’attache uniquement à la composition et aux effets de lumière et de matière.

Les Enfants Kühn, 1913 © Droits Réservés

Ce qui est frappant dans l’oeuvre de Khün, c’est sa force esthétique alliée à la simplicité de ses compositions. Présentés dans l’antre qui accueille les Nymphéas de Monet, les clichés offrent un pendant magnifique aux oeuvres du peintre. Un dialogue parfaitement mis en lumière qui révèle l’art de la peinture photographique.

Tambour et soldat de plomb, 1910 © Musée d'Orsay, Dist. RMN / Patrice Schmidt

Heinrich Khün, la photographie parfaite

Musée de l’orangerie

Jusqu’au 24 janiver 2011

Tarifs: 7,5/5 euros

Tous les jours sauf le mardi de 9h à 18h

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2 réactions sur “Heinrich Kühn ou la peinture photographique”

  1. Hazel dit :

    Bonjour, Bonsoir !

    Chouette expo que celle-ci, je l’ai vue fin octobre et même si au début j’ai été un peu austère à ces photos assez peu parlantes, j’ai vite accroché et après avoir regardé attentivement chaque cliché de la salle, je suis partie à contre-cœur, regrettant le fait qu’il n’y ait pas d’avantage de photographies.

    http://le-hangar.com

    Hazel, du Hangar.

    • JCA dit :

      Le regard que Khun pose sur sa famille, la manière dont il cherche la perfection plastique dans chaque situtation m’ont particulièrement touché.
      En plus je trouve la scénographie particulièrement réussie ce qui est suffisament rare pour être notée.

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