Hey!, revue de modern art & pop culture

Lancer une revue dédiée à la pop culture graphique sous toutes ses formes pouvait sembler osé. Et pourtant, Hey! relève le défi tous les trimestres depuis un an.

À l’origine de cet étrange objet de librairie, on trouve Anne et Julien, duo de journalistes (France Inter, Nova…) / concepteurs d’expo (Miyazaki/Moebius à la Monnaie de Paris en 2004-2005) / galeristes (L’Hydre de l’art) / performers (78 RPM Selector). Un tandem un peu allumé et surtout ouvert sur toutes les formes d’art graphique qui ne rencontrent pas toujours l’écho médiatique qu’elles méritent (culture parfois dite « urbaine »), mais qui trouvent avec Hey! un écrin de papier tout à fait adéquat.

Cette revue trimestrielle est née en 2010, portée par Ankama, groupe de divertissement basé à Roubaix, spécialisé jusqu’ici dans le jeu vidéo et le dessin animé pour enfants et ados (Dofus, Wakfu), et également éditeur de bandes dessinées péchues et novatrices. C’est d’ailleurs au sein du Label 619 d’Ankama, mené par le talentueux auteur et graphiste Run, qu’éclot Hey! – qu’on pourrait comparer à la revue américaine Juxtapoz (dont d’imposants recueils sont d’ailleurs parus chez Ankama, il n’y a pas de hasard).

La parenté avec la bande dessinée n’est pas un lien de façade ou une simple béquille commerciale. Car le dessin, qu’il vive dans des livres narratifs, sur des murs, des affiches, des galeries d’art, des tatouages ou des skateboards, est avant tout une forme d’art à part entière, sans doute la première de l’histoire de l’humanité (remember Lascaux), et hélas trop souvent considéré aujourd’hui comme puéril, ou en tout cas sous-évalué sur le marché par rapport à la peinture ou autres installations. Mais attention, Hey! n’entend pas se limiter au dessin, et convoque en son sein les plasticiens en général, dans une ambiance détendue et festive, comme l’ont montré les soirées cirque ou cabaret organisées pour les lancements des derniers numéros (à Paris et Angoulême).

Mais qu’y a-t-il donc dans Hey!? Des images, beaucoup d’images parfaitement mises en page dans le grand format à l’italienne de ce qui n’est pas absolument pas un magazine, mais bien un livre au format souple et à parution régulière (c’est ce qu’on appelle une revue). Des images accompagnées de courtes interviews des artistes, en anglais et en français, oui Madame. Pas de maquette figée dans les pages, chaque article adoptant une mise en scène ad hoc et très graphique, ce qui fait de chaque numéro un vrai livre d’art original. On trouve aussi un fascicule détachable, ainsi que des figures cartonnées à monter soi-même et même des stickers de luxe.

On ne va pas lister tous les artistes présents depuis un an dans la revue. Évoquons rapidement quelques-uns de ceux qu’on trouve dans le 5e numéro, sorti début mars : Yu JinYoung et ses sculptures dépressives en PVC, The Pit et ses dessins acérés de corps mêlés, les photos de Shanghaï retouchées d’Alain Delorme, un sticker d’art par JonOne, les tatouages d’Aurélien Vallade, Brecht Evens et ses encres colorées, le phénakitiscope à découper de Ruppert & Mulot ou la collection d’affiches de gramophones de Jalal Gérald. Bref, de l’éclectisme, du graphisme qui vous remue, de l’art d’aujourd’hui en somme.

Hey!, modern art & pop culture.
160 pages, 17,90 €, chaque trimestre.
Plus d’infos sur le blog de Hey!.

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