Rancillac face à Chasse-Pot à la Galerie Pallade

Jusqu’au 21 mai, la Galerie Pallade présente un dialogue entre les deux artistes unis par un lien de fraternité. Un dialogue qui va au delà de l’art.

Comme leurs noms ne l’indiquent pas Bernard Rancillac et Henri Chasse-Pot sont frères. Un lien fraternel rompu à l’été 2010 avec le décès de ce dernier. La Galerie Pallade met en scène leurs retrouvailles.

Bernard Rancillac

Bernard Rancillac est un emblème de l’art français contemporain, grâce au rôle qu’il a joué dans l’essor de la nouvelle figuration dans les années 60. Un mouvement dont l’ambition esthétique reste terriblement d’actualité. Dans le contexte d’une société de consommation en plein essor, les artistes des années soixante rejettent les courants de l’abstraction. Dans un monde qui menace d’imploser au cœur de la guerre froide, ils proposent d’utiliser des figures dont le signifiant renvoie aux problématiques contemporaines.

Bernard Rancillac

Au contraire Henri Chasse-Pot est un artiste plus intime, plus réservé. Ses personnages de papier mâché ont cette allure un peu gauche de petits notables de province. Un air un peu engoncé dans des costumes trop rigides. Avec leur physique gaullien, ils sont souvent représentés en militaire ou en élu de la république. Avec un nez aquilin, de grandes oreilles et deux petits yeux noirs, leurs visages rappellent certains personnages d’Hergé.

Bernard Rancillac

Bernard Rancillac, La Fiancée de l'espace, 1965, huile sur toile, 130 x 97 cm

 

Il est plus facile de se moquer de soi même que du monde entier…


Bernard Rancillac

Bernard Rancillac, Mac McKee, 2010, acrylique sur toile, 114 x 146 cm

Cette opposition de style révèle des univers différents, dans lesquels pointent un humour propre à chacun. Autant Rancillac explore les symboles du monde avec une certaine gravité formelle pour mieux s’en moquer, autant Chasse-Pot crée des personnages dont la fierté un peu gauche fait sourire avant de provoquer une empathie mélancolique.

Henri Chasse-Pot

Les sculptures d'Henri Chasse-Pot

Ce que confirme Bernard Rancillac, quand il parle des œuvres de son frère : « ce sont des portraits tout ça, des auto-portraits même. C’est un peu à son image, il a toujours été mal à l’aise. Quand on était petits, on était timides. Moi ça m’a un peu passé, lui pas tellement… C’est pour ça que pour se manifester, il prend l’air aussi digne et fier. C’est pour ça que dans ces sculptures autoportraits, il peut se permettre d’avoir de l’humour. Alors que moi qui parle des gens autour de moi et du monde, c’est plus compliqué. Il est plus facile de se moquer de soi même que du monde entier… »

Bernard Rancillac

Bernard Rancillac

Le choix de représenter des personnages officiels est d’ailleurs lié à l’expérience personnelle de Chasse-Pot : « C’est quelqu’un qui a été très marqué par la guerre d’Algérie, à laquelle j’ai eu la chance d’échapper. Quand il est revenu, il est resté un an sur une chaise à ne rien dire… il a peut être vu trop de militaires. »

Entre les personnages à l’érotisme coloré de Rancillac et les figures hiératiques de son frère, l’exposition réussit à installer un cadre propice à l’expression dun hommage artistique et humain.

Galerie Pallade

Jusqu’au 21 mai

Du mercredi au samedi de 15h à 19h

35 rue Burdeau 69001 Lyon

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