L’interview de Lise Roussel

Récente finaliste du Prix Jean Chevalier 2011, Lise Roussel est une artiste qui aime la peinture pour ce qu’elle est, une pratique exigeante dans la quête d’un idéal. Rencontre. - Par JCA

 

Ta peinture porte t-elle sur un sujet précis ?

Mon sujet c’est la peinture, comme je pense la plupart des peintres

C’est-à-dire ?

Je rejoins, sans m’y inscrire, ce que l’on appelle la « peinture-peinture », c’est-à-dire une peinture qui n’a pour sujet qu’elle-même. La « peinture-peinture » a une approche très objective qui la rapproche parfois du mouvement support /surface, alors que de mon coté j’accorde de l’importance à la subjectivité du peintre et au plaisir de peindre. Je veux être libre de peindre ce que je veux, tout en essayant de me débarrasser des perturbations et des tics accumulés qui pourraient parasiter la pratique.

C’est donc avant tout une manière de te situer en tant qu’artiste ?

Je ne veux pas m’enfermer, me conforter dans un système de travail. Les gens attendent souvent les mêmes choses, qu’ils ont aimées ou qu’ils connaissent, et ne comprennent pas toujours qu’on puisse changer de case. Ils ont une idée précise de nous que l’on ne doit plus modifier. Pour que les choses avancent il faut comprendre que l’artiste est d’abord là pour proposer, avant de répondre à une demande d’un public ou d’une société… Je ne suis pas là pour rassurer, divertir ou être à la mode!

Lise Roussel

Lise Roussel, No Man's Land 2011 70x71 cm acrylique sur papier

 

Tu fais certains choix aussi, par exemple l’absence de figures, mais avec la présence de structures avec notamment toutes ces séries avec des abris…

Oui  au départ ça parle beaucoup d’architecture. Mais l’idée est d’atteindre une pratique personnelle et décomplexée. C’est-à-dire une peinture libre, spontanée  mais en respectant une grande rigueur dans le processus pour atteindre le bon d’équilibre.

Techniquement comment travailles-tu ?

Je tends ma feuille de papier sur bois avec du scotch en l’humidifiant. En fait c’est la technique des aquarellistes. Pratiquement ça permet de beaucoup diluer ta peinture et d’obtenir une feuille parfaitement plane. Je découpe ensuite la feuille au cutter directement sur la planche.

Cela te permet de recadrer ?

Cela dépend, pour certaines oui quand des parties me paraissent superflues. C’est pour cela que souvent, je n’ai pas d’angle droit dans mes peintures. Ce n’est pas une coquetterie, mais quand je scotche la feuille à la planche, je ne vois pas l’utilité d’utiliser une équerre. Ce n’est pas important pour mon travail. Et puis j’aime que la feuille apparaisse déjà un peu travaillée à la base.

Lise Roussel

Lise Roussel, No Man's Land 2011 24x35 cm acrylique sur papier

 

Et au niveau de la peinture  que tu utilises?

Je travaille surtout à l’acrylique, en utilisant la technique de l’aquarelle, c’est-à-dire en la diluant beaucoup. D’où cet aspect de peinture assez liquide. Ça permet aussi un recouvrement de la surface.

Et l’huile sur toile ?

Cela m’intéresse, même si le temps de travail n’est pas le même. Mais au final c’est assez proche de ce que je peux faire avec l’acrylique, dans les teintes ou la facture. La principale différence, c’est que l’huile a un aspect plus velouté, moins sec

C’est une technique sur laquelle tu comptes revenir ?

J’avais commencé en 2010, et pour l’instant je n’ai pas envie de revenir dessus. Je pensais que les toiles étaient finies, puis j’ai retravaillé dessus. Peut être que je les finirais un jour.

Tu reviens souvent sur des œuvres antérieures ?

Oui mais ce n’est pas systématique, j’en ai commencé certaines cet été, d’autres ont été finies très rapidement, ça dépend. Je travaille toujours sur plusieurs travaux. Je ne peux pas me consacrer à une seule peinture. J’ai besoin de la laisser reposer.

J’ai vu aussi que tu pratiquais le collage ?

Oui au début j’utilisais le collage sur mes peintures, mais je crois que j’étais arrivée au bout d’un processus, et cela devenait trop mécanique. Par fois cela cachait les insuffisances de ma peinture. J’ai donc décidé d’arrêter pour le moment. Mais j’y reviendrai un jour, car c’est quelque chose que j’aime beaucoup.

Lise Roussel

Exposition de Noël, Musée de Peinture/Le Magasin, Grenoble 2011 (Nature Ordinaire)

 

Quand détermines-tu qu’une peinture est finie ?

Le but est de déterminer l’équilibre. L’équilibre peut demander telle couleur, telle chose à tel endroit. Tout dépend de ça.

J’ai aussi remarqué que la plupart de tes œuvres avait un titre, c’est quelque chose d’important dans ton processus de travail ?

Certaines œuvres n’ont pas besoin d’avoir un titre d’autres oui. Ca m’amuse de voir dans les expositions une œuvre intitulée « sans titre » suivi par un titre de quinze kilomètres entre parenthèses.

Tu détermines le titre avant ou après ?

Les deux, mais le plus souvent après. J’aime bien en donner un, car j’aime que l’on sache de quoi on parle. Après ce n’est pas une obligation, cela ne sert à rien de donner un titre pour donner un titre car parfois cela risquerait de fausser le regard

A contrario quand tu nommes ta peinture, cela impose quelque chose ?

Un peu, c’est surtout que ça met un point final à l’œuvre. Un peu comme un livre ou un film

Dans une série on peut voir des noms très évocateurs, comme Petra, Kashmir, quelle place a cette série dans ton travail?

Cette série constitue mes premières peintures. Je les ai faites aux beaux arts à la fin. J’avais arrêté de peindre pendant un temps. Je me suis remise à peindre avec cette série. Je ne me suis pas posée de questions, il fallait que je peigne, et que je peigne ça.

Lise Roussel

Lise Roussel, No Man's Land 2011 40x40 cm acrylique sur papier

 

La peinture était une nécessité ?

Oui, en fait je suis partie à Valence (en Espagne ndlr) pendant un an en  2005 (4e année de l’école des beaux arts ndlr). Là bas, je n’ai pas peint et je me suis tournée vers la photographie, car l’enseignement de la peinture était trop didactique. En revenant il devenait évident, que je devais peindre, alors que ce n’était  pas forcément encouragé par les beaux arts. Au final mon travail de fin d’étude a porté sur la peinture.

Quels sont tes projets pour 2012 ?

A partir de janvier je serais en résidence à Dompierre, ce qui aboutira à une exposition personnelle en mai. J’ai aussi une exposition à La Serre, à St Etienne en mars. En octobre il ya une exposition collective organisée par la Galerie Françoise Besson. Et puis il y a un projet au cinéma…

Peux-tu nous en dire plus ?

Il s’agira d’un moyen métrage de Marthe Sébille, qui s’intitulera « Plus bas que le ciel ». Le film raconte l’histoire d’une peintre. Mon rôle est en fait de réaliser les dessins et peintures qui seront ensuite utilisés dans le film. C’est assez inhabituel, car je vais devoir préparer des peintures à différents stades d’avancement pour les besoins de l’histoire.

En tout cas tu as un planning 2012 bien rempli !

Oui, d’autant plus que je continue aussi à diriger des ateliers avec le GEM (groupe d’entraide mutuelle) à St Etienne. Je travaille avec des groupes de personnes atteintes de troubles psychiques. Il s’agit alors de créer une communication à partir du dessin et de la peinture. En plus je compte présenter des peintures prenant ces personnes là comme modèles. Ce sera la première fois que je présenterai des figures dans mon travail.

 

Lise Roussel

Prix Jean Chevalier, Galerie Olivier Houg, Lyon 2011 (Babel, Mass, Sans titre)

 

Merci de nous avoir accordé du temps, une dernière question, que lis-tu en ce moment ?

Des livres sur la peinture (sourires) ! C’est vrai que je lis beaucoup de choses sur la peinture, mais sinon en dehors de ça j’aime lire des choses différentes, de Desproges en passant par Robert Musil. Je lis et j’écoute des choses très différentes, la seule chose que j’évite, c’est la chanson française (sourires).

 

Retrouver les informations sur Lise Roussel en vous rendant sur son site Internet : www.liseroussel.com

 

 

 

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