Le musée de Casoria brûle ses oeuvres

Non il ne s’agit pas d’un happening ni même d’une performance de quelques artistes italien en mal de publicité. Si aujourd’hui Antonio Manfredi, directeur du musée de Casoria brûle des œuvres, c’est qu’il est vraiment en colère.Par JCA

Il est rare de voir des directeurs de musée s’insurger contre la politique culturelle de son gouvernement. En Italie, pays de la renaissance et du culte de l’œuvre d’art, la situation est devenue critique. La politique de Berlusconi a laissé des traces, et si ce dernier s’est illustré dans la rubrique judiciaire, on ne peut pas dire que le budget de la culture ait bénéficié de toute son attention.

Pour protester contre un budget qui représente seulement 0,21 % du budget national, alors que l’Italie dispose d’un des plus beau patrimoine artistique, Antonio Manfredi n’a pas fait dans la demie mesure ( titre de comparaison, en France, la part allouée à la culture  représente entre 0,80 et 1 % du budget de l’état).

Il a ainsi annoncé qu’il était prêt à brûler l’ensemble des collections du Musée de Casoria (soit environ un milliers d’œuvres) afin de provoquer une réaction de la part du gouvernement. Cette opération intitulée « Art War » prévoit la destruction de trois œuvres par semaines jusqu’à l’éventuelle disparition totale.Il annonce aussi que près de 200 artistes ont déjà donné leur accord pour que leurs œuvres soient détruites sur l’autel de la révolution.

Antonio Manfredi

Antonio Manfredi devant unune oeuvre de Séverine Bourguignon en flammes

Le 17 avril dernier, c’est une toile de l’artiste française Séverine Bourguignon qui a été incendiée après qu’elle ait donné son accord. Le but est d’éveiller la conscience nationale sur le traitement fait à la culture, notamment en province : « Pour moi, dit-il, un musée de province s’apparente à un travail social. L’art doit contribuer à faire progresser nos régions du Sud, confronter l’art aux problèmes sociaux du territoire. Aucune institution, locale, régionale, nationale voire internationale ne m’a appuyé dans cette démarche, ce qui pour moi constitue le problème fondamental. »

Seul, Antonio Manfredi a l’habitude de se battre pour ses idées, comme lors de cette exposition sur la Camora, où il a dû affronter les intimidations et les menaces de la mafia, sans aucun appui de la part du gouvernement.

Acculé dans sa province du sud de l’Italie, Antonio Manfredi se bat avec ses armes, pour que l’art contemporain ne soit pas réservé à une élite qui s’étouffe d’abondance dans les grandes capitales européennes : « Mon but est de déclencher la révolution de la culture, de mettre fin à un système qui, sous prétexte de récession, détruit la seule chose positive de la Campanie, la culture. J’espère que cette révolution dépassera l’Italie pour se propager dans toute l’Europe »

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