« La femme à modeler » un livre à tisser

Les éditions Naïve, nous proposent de découvrir ce court texte plein d’humour, de sensualité et de poésie d’Émilie de Turckheim, relatant sa première expérience de modèle nu pour un peintre, et celles qui lui feront suite – Par Clarisse

Le livre commence sur des aveux. Elle a menti à cet artiste pour qui elle va poser afin de palier ses craintes de novice. Le fil conducteur de ce livre est celui de l’accroc dont il est le balancier et sur lequel on imagine tirer pour la dévêtir. Alors, pour recoudre la béance de ses doutes, elle s’habille de mensonges, d’histoires cousues de fil blanc – boucliers d’un corps dont elle va se dessaisir, qu’elle va confier au regard d’un autre dont elle ne sait rien. Pénélope des métaphores, elle s’en va poser.

« Poser. Verbe intransitif, rester immobile dans l’attitude voulue par le peintre. Facile à dire, Petit Robert, mais montre-moi seulement où regarder. Le regarder lui, qui me regarde poser? Me regarder moi, dans le reflet de ma peau, Narcisse accroupi sur mon front penché? »[1].

Poser. Stopper le mouvement du corps, ralentir le rythme. Lâcher de la main ce qui est rattrapé par une autre. Relais du modèle à l’artiste. Regards croisés. Soumission de soi à un temps au-delà de soi. Poser pour la postérité, poser l’amour de l’Art. Poser pour prévoir la fuite déjà enclenchée de cet instant avec le sourire d’un adieu fait à soi-même.

Transfigurée, transcendée, autopsiée par un pinceau, elle dénoue pourtant ses peurs petit à petit. Elle entrevoit à son tour les cicatrices de ceux qui la scrutent de leur chevalet – mirador et métronome des heures qui s’égrainent sur sa peu abandonnée à l’impudeur des regards plus nus que les corps.

L’ouvrage est magnifiquement accompagné d’œuvres de Sylviane Blondeau qui n’illustrent pas les écrits mais leur confèrent encore une autre dimension sensible.

À découvrir au fil des pages donc.

Références du livre : Émilie de TURCKHEIM et Sylviane BLONDEAU, La femme à modeler, Paris, Naïve, 2012

 

Biographie d’ Émilie de TURCKHEIM :

Née à Lyon en 1980,  Émilie de Turckheim vit et écrit à Paris.

Étudiante en doctorat de sociologie à Sciences Po, elle est visiteur de prison à la maison d’arrêt de Fresnes et modèle vivant pour des artistes peintres et sculpteurs. Son expérience de visiteur à la prison  lui inspire d’ailleurs Les Pendus en 2008.

En 2009, elle reçoit le prix de la Vocation pour Chute Libre, son deuxième roman. Et en 2012, le prix Bel ami lui est décerné.

Bibliographie:

Les Amants Terrestres, Le Cherche Midi, 2005

Chute Libre, Le Rocher, 2007

Les Pendus, Ramsay, 2008

Le Joli Mois de Mai, Héloïse d’Ormesson, 2010

Insext (collectif avec Jacques Bosser et Michel Field), Descartes et Cie, 2011

Héloïse est chauve, Héloïse d’Ormesson, 2012

La femme à modeler, Naïve, 2012
Liens des sites internet de  Sylviane BLONDEAU:

http://www.sylviane-blondeau.fr/

http://piecesdetachees.canalblog.com/archives/blondeau_sylviane/index.html

 


[1]. Émilie de TURCKHEIM et Sylviane BLONDEAU, La femme à modeler, Paris, Naïve, 2012, p.7

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