« Voyage-Absurde »

Retour sur l’exposition « Voyage – absurde », donnée jusqu’au 2 octobre, qui présente :  « l’absurdité d’un « voyage mental débridé de couches mémorielles sens dessus dessous », d’errance où les paysages s’inventent. » - PierT

Au hasard d’un détour, il arrive de tomber sur un endroit où tout semble trouver sa place. Il se dégage de ce genre d’endroit une impression claire et juste, sans extraordinaire pourtant, où se passe un accord entre les différentes parties au bénéfice du tout. Chaque élément qui compose cette atmosphère particulière ouvre une fenêtre sur un monde singulier.

C’est l’impression ressentie ici, à Arc Point Trait, atelier d’architecte qui accueille neuf artistes pour l’occasion d’une exposition collective intitulée « Voyage – Absurde« . Cette exposition, la première d’une série de trois, est organisée par l’association Art Tripping, qui a pour principal objet la mise en place d’échanges artistiques internationaux et la présentation de travaux produits par les artistes, entre autre, au cours de ces échanges.

« Voyage – Absurde » présente des pièces qui, de façon plus ou moins lointaine, parlent de notre relation à des lieux imaginés, arpentés, rapportés ou inventés.

Ils témoignent aussi bien de ce qui tente de s’enraciner, comme dans les photos de Michel Le Belhomme où l’on peut sentir un temps, un poids des choses qui à la fois les fige, les écrase, les enfonce ; ou à l’opposé, d’une volonté de couper tout lien avec son contexte. Comme dans les photographies de Katherine Longly, qui représentent les nouveaux quartiers résidentiels d’une ville de Chine, où l’on fabrique de toutes pièces des maisons et des paysages de style européen, et retournent ironiquement le pastiche culturel et les clichés exotiques à l’endroit du mode de vie occidental.

On retrouve aussi dans « Voyage – Absurde » certaines récurrences, des répétitions propres à l’art contemporain, comme l’usage de la taxidermie, avec l’installation de David Decamp et son « Bambi » (titre intégral : « Au bois dormant, Bambi c’est fini ») de chair et de composants électroniques, déambulant parmi des bûches de métal, un arbre de métal, suggérant une forêt doucereuse mais dénuée de toute vie biologique, une fausse nature.

"Au bois dormant, Bambi c'est fini" de Daniel Decamp

De manière similaire, avec leurs paysages vagabonds, on retrouve chez Camille Dolladille et Itzel Palomo, le détournement des images de bande dessinées, au caractère populaire et naïf, répandu chez de nombreux artistes aujourd’hui. On surprendra là une finesse de détail un peu déroutante, inattendue, qui demande à s’y pencher de plus près.

Les différentes pièces présentées semblent participer d’un « mouvement », ou même d’une économie, d’une esthétique du micro-récit (cf l’exposition micro-narrative, MAM de Saint-Étienne, 2008). Proche de cette conception, il y a les dessins d’Aurélie Dupin, humoristiquement intitulés « Beware of seagulls » ou par exemple la vidéo « Errance » de Julia Fabry qui filme sa démarche au propre comme au figuré.

Pour finir, les compositions de Catherine Perrier convoquent des photos, des cartes anciennes et des éléments d’une iconographie propre aux premières décennies de la photographie, dont l’imagerie inspire tout un pan de la création contemporaine.

De ces agencements émane une nostalgie singulière, organique, violente, qui parle, à son tour, de cet enracinement dans un temps qui ramène tout à la terre : des générations, des langues, des mondes tels que nous ne les connaîtrons plus.

« Voyage – Absurde » se révèle être une exposition à la fois modeste, curieuse et surprenante qui soulève aussi des questions de famille de style et de références, de liens plus ou moins familiers avec d’autres œuvres qui influencent fortement l’art d’aujourd’hui.

Les alliances discrètes que passent les œuvres entre elles, associées la clarté de l’espace d’exposition, donnent ensemble un aperçu significatif de la production artistique aujourd’hui. Le Voyage ne s’arrête pas là puisque l’association Art tripping présente les deux prochains volets de sa trilogie : « Voyage – Ultra-réalité« , à la mairie du 1er arrondissement de Lyon, du 8 oct. au 26 oct. et « Voyage – Intime« , à L’Épicerie moderne à Feyzin, du 13 nov. au 20 déc. À voir pour tous les amateurs d’expositions à taille humaine, où l’on peut se forger une opinion hors des sentiers battus !

Tous renseignements utiles et plus rendez-vous sur www.art-tripping.com

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