Interview de Cécile Meynier co-fondatrice de Toshiba House à Besançon

Interview de Cécile Meynier, co-fondatrice de Toshiba House à Besançon, le 3 décembre dernier, dans le cadre du WE SUISSE#2 – Par PierT

Comment est intégrée Toshiba House au WE SUISSE et au réseau de Franche comté ?

Avec Hugo Schüwer-Boss, plus une graphiste au départ, nous avons investi Toshiba House en mai 2009 : nous recherchions un atelier en tant qu’artistes. Nous avons commencé à faire des évènements autonomes et ponctuels, sur 2 années. Puis tout cela a pris de l’ampleur : les soutiens sont arrivés à partir de 2011.

À présent, TH, est un réel lieu de monstration pour l’art contemporain. Intégrée au BRAC, le Besançon Réseau Art Contemporain, TH ne se situe, ni en marge de l’institution, ni contre elle, mais en complément. Le BRAC propose deux évènements fédérés par an auxquels TH participe : « Déviation », au printemps, parcours artistique à programmation libre, et « WE SUISSE », avec de nombreux artistes suisses invités.

Mais la situation bisontine pour l’art contemporain est fragile. Le centre d’art  « le Pavé dans la Mare », qui jouait un rôle important à Besançon en terme d’expertise et de professionnalisme pour le BRAC et qui a été déterminant lors du WE SUISSE#1, a fermé cet été.

Depuis sa disparition, le milieu associatif de l’art contemporain est vivant mais il reste peu de lieux fixes à Besançon où voir de l’art contemporain : TH et le Ronchaux Room, qui est aussi l’habitation d’un particulier.

 

Toshiba House

Pour un visiteur qui ne connait pas cette histoire, WE SUISSE montre une belle dynamique des acteurs artistiques locaux.

C’est vrai, malgré ce contexte, nous avions peur que les propositions soient maigres : WE SUISSE reste un évènement plutôt alternatif. Les structures culturelles d’envergure n’y participent pas directement. Au sein du BRAC, il y a beaucoup d’artistes qui sont aussi organisateurs d’évènements. Nous restons libres de ne pas trop coller à des problématiques territoriales. Avec « WE SUISSE », le lien au territoire est indéniable : il donne visibilité à la scène artistique suisse, très dynamique, qui contraste avec la Franche-Comté, où nous souffrons de manque d’ouverture pour l’art contemporain.

« Nous sommes totalement libres de nos actions et de nos mouvements »

Comment les politiques se situent par rapport à vous ? Cherchent-ils à valoriser leur bilan culturel, à orienter les évènements ? Sont-ils plutôt dans le laisser-faire ou la directivité ?

Nous sommes totalement libres de nos actions et de nos mouvements … La mise en relation est parfois laborieuse, mais c’est en train de changer. Un réseau à l’échelle régionale est en train de se monter, avec le FRAC notamment et d’autres structures des villes voisines.

Nous sentons qu’il faut se fédérer, comme 50° Nord en Nord-pas-de-Calais, ou encore à Nantes, là les réseaux semblent déjà beaucoup plus soutenus qu’ici.

 

À ce titre, WE SUISSE est un exemple de rencontre trans-frontalière. Pourrait-on penser à une mise en réseau de niveau inter-régional en France ?

Tout se fait petit à petit. Cette fédération est aussi due à un manque de moyens. Se rassembler au niveau régional en fait partie. Il y a des questions qui nous échappent terriblement avec Hugo : nous n’avons pas du tout envie de nous préoccuper de stratégie, mais nous nous sentons obligés de le faire, par solidarité et pour que le projet existe. C’est parfois dommage qu’il y ait autant de questions de communication, de moyens … qui passent avant le fond artistique.

Par rapport à la Suisse, pour l’instant, le va et vient ne se fait pas : pas mal de personnes nous demandent : « et vous, quelles portes cela vous ouvre en Suisse ? ». Si les choses se faisaient naturellement ça serait super, mais c’est compliqué : nous invitons des artistes et non pas des structures. Ils ne sont pas en mesure de nous proposer quoi que ce soit en échange, mais là n’est pas notre but.

« En France on est encore coincé par des problématiques, notamment financières … »

Quels sont les freins ? Est-ce une question de mentalité ? Sur le site de Claudia Compte, il y a quelque chose de très décomplexé, avec une production prolixe, relativement hétérogène …

En France on est encore coincé par des problématiques, notamment financières je pense … En Suisse, l’art contemporain, on le voit directement dans l’espace urbain, fait partie du décor et il y a aussi une question de confort matériel qui facilite peut-être les choses. l’ECAL à Lausanne est une très bonne école d’art, formatrice, avec un super réseau. Après, le travail de Claudia Compte est aussi particulier à sa personnalité, sans doute … Mais je pense qu’il y a un côté frileux en France, avec un système qui dynamise difficilement.

CLAUDIA COMTE

"BASICS AND COMBINATIONS"; Claudia Comte; TOSHIBA HOUSE, © Sylvie Lanz

En plus la Suisse a aussi un caractère international, surtout Genève …

En France, le rapport capitale/province existe encore, je ne suis pas spécialiste de ces questions, mais il y a des décalages, c’est sûr. En Franche-Comté et à Besançon, il y a beaucoup plus de place pour l’art vivant que pour l’art visuel. Les choses bougent, pour faire comprendre à un niveau politique que c’est important. Le nouveau directeur de l’école d’art, [L. Devèze, ndlr] arrivé il y a 4 ans environ, a été pour beaucoup à l’origine du BRAC.

 

Pour revenir à TH, c’est une vitrine ouverte sur la rue, dans un quartier résidentiel : ça laisse rêver à des maisons « culturelles » plus visible dans les villes. En tant que passant, on accède directement à l’oeuvre d’un artiste, sans trop de concurrence visuelle alentour : cela donne une visibilité très directe.

C’est un lieu qui est passant surtout en voiture, le public est pas mal dans les bagnoles, aux heures de pointes par exemple : en fin de journée, TH est comme une oasis dans la rue, il y a tellement peu d’informations et d’éléments autour, que tout le monde est attiré par ça. Aussi, chaque invitation faite à un artiste est une carte blanche et il s’empare du lieu. Ça n’est pas un accrochage de pièces déjà produites, c’est à chaque fois un travail spécifique pour le lieu.

« Ça n’est pas un accrochage de pièces déjà produites, c’est à chaque fois un travail spécifique pour le lieu. »

C’est un parti pris ?

Non, c’est juste naturel, ça se fait via les artistes qu’on invite, je pense qu’ils sont contents de travailler, d’investir un lieu… Le fait que nous soyons artistes également et que TH soit aussi un lieu de création, amène peut-être plus de générosité, de prise de risque que dans un lieu plus convenu, type galerie ou institution. TH est une sorte de crashtest entre l’atelier et la galerie … Les artistes s’emparent du lieu à chaque fois pour faire une pièce globale, qui ne sera pas la juxtaposition de plusieurs pièces … Plus ou moins in situ, cela dépend, mais en tout cas ils s’attachent à répondre au contexte, à l’histoire du lieu.

« TH est une sorte de crashtest entre l’atelier et la galerie. »

Quelle est l’histoire du lieu , avant votre arrivée ?

Un magasin Toshiba de photocopieurs … Avant que ce soit un lieu officiel, pour l’identifier nous parlions de « la Toshiba« , c’était aussi le magasin rouge. Naturellement, nous l’avons nommé Toshiba House et avons gardé l’enseigne lumineuse. Ça prête un peu à confusion, mais nous trouvions ça pas mal, l’idée de copieur, la question de la reproduction, du refaire. C’est une question qui peut se poser dans les lieux de l’art. Nous avons donc gardé ça et ça n’a pas posé de problème jusqu’à maintenant …

Exposition Mutate, collectif Track Now, du 6 au 20 septembre 2013

 

Quels artistes s’agissait-il de promouvoir ?

Au départ nous étions hyper heureux d’avoir un atelier, un espace où travailler : on poussait cette porte, et là, c’était le lieu pour l’art … Vu qu’il y avait cette vitrine, l’idée était aussi d’en faire profiter les autres. Cette porte ouverte à l’art n’était pas faite dans l’idée d’une promotion. C’est comme ce que je disais par rapport au BRAC, il y a d’un côté l’Art, et la Communication, ou ce genre de problématique. Si tu veux, on s’en fout qu’il y ait 10 ou 100 personnes aux vernissage, même si maintenant on est plus près de 100 personnes que de 10. L’important c’est vraiment l’expérience de l’art, de vivre l’art avec toute la liberté possible dans cet espace-là.

Nous avons déjà un roulement qui fait que nous n’irons guère plus loin dans l’exigence, enfin bien sûr, nous voudrons toujours que ce soit bien, mais par exemple, l’idée ne sera pas de déménager et de trouver un lieu plus grand : ça se passe ici et ça ne se passera sans doute pas ailleurs … Il n’y a pas plus d’ambition professionnelle là-derrière, c’est justement une parenthèse où l’art existe sans thématique, sans compromis, avec des cartes blanches données à des artistes, et puis un public qui se fidélise, parce qu’il y a quand même des gens intéressés, mais sans rien de plus programmé ou calculée notre part.

« L’important c’est vraiment l’expérience de l’art, de vivre l’art avec toute la liberté possible dans cet espace-là »

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